Tout le
monde connaît le zoo. C'est un grand parc plein de
tous les animaux possibles et inimaginables qui
peuvent vivre dans notre pays. La plupart sont en
liberté.
Les
lions par exemple, habitent de magnifiques rochers
autour desquels ils creusaient un fossé assez large
pour leur ôter l'envie de le sauter. Tandis que les
serpents, eux, peuvent se croire en liberté, ils sont
dans des cages de verre qui leur permettent de voir le
paysage et les visiteurs. Peu de visiteurs d'ailleurs
s'arrêtent devant ces cages car on n'aime pas trop les
serpents.
Les
singes eux, ont un véritable petit bois à leur
disposition. Ils passent leur temps à sauter d'une
branche à une autre, à monter et à descendre, tout en
dansant. De plus, ils font des concours de grimace où
ils sont toujours gagnants.
Ce
qui est certain, c'est que dans le zoo, chaque animal
a sa vie bien à lui. On le soigne, on le surveille, il
y a pour cela des gardiens et des vétérinaires. Mais
la personne qu'ils préfèrent, parce qu'elle les
comprend et qu'elle bavarde avec eux, c'est la
concierge.
...
Elle avait raison la concierge car, sans avoir l'air
de rien, son travail était beaucoup plus important
que ceux des gardiens et des vétérinaires. Les
gardiens donnaient à manger aux animaux ; les
vétérinaires les soignaient quand ils étaient malade
; mais la concierge, elle, leur donnait de l'amitié
et du bonheur.
...
"Voilà Monsieur le Directeur, je sais que vous êtes
très occupé mais ça ne pouvait pas attendre. C'est
rapport au loup."
"Il
est malade ?"
"Pas
exactement mais, on voit bien qu'il n'en peut plus
d'être malheureux. Sa cage est trop petite. Je connais
une qui est inutilisée et que mon mari pourrait
repeindre si vous voulez bien. Et puis, il faudrait
mettre la nouvelle cage dans le quartier des autres
animaux. Là où se trouve le loup, en ce moment il est
trop seul. Il se croit un pestiféré. S'il avait de la
compagnie, il irait mieux."
"Pourquoi vous intéressez-vous au loup, demanda le
directeur, je ne crois pas qu'il puisse comprendre ce
que l'on fait pour lui."
...
En reconduisant la concierge à la porte, le
directeur ajouta :
"Ah,
c'est vous qui avez le plus beau rôle dans notre zoo."
"Oh
merci, merci de tout, Monsieur le Directeur."
...
Cette
"tournée du bonheur", comme tout le monde l'appelait,
durait toute la matinée. La concierge n'y était pas
seule car, les animaux que l'on laissait en liberté,
l'accompagnaient pas à pas. Ses plus fidèles
accompagnateurs étaient surtout l'éléphant, la girafe
et le chameau, tous à la queue leu leu. Elle avait
forcé le chameau à suivre en dernier car, il avait si
envie de prendre la concierge sur son dos entre ses 2
bosses comme il le faisait pour les enfants qu'on
photographie ainsi l'après-midi, qu'il courait devant
elle, se mettait à genoux et se prosternait afin
qu'elle pût lui monter dessus plus facilement.
...
Nous devons à la vérité d'avouer qu'un animal
pourtant, dans le zoo, n'aimait pas la concierge.
C'était le tigre. Quand il voyait venir de loin la
procession habituelle, il crachait de mépris.
"Ah,
disait-il, encore cette vieille bonne femme, elle
n'est pas drôle du tout, je sais qu'elle est gentille
avec tout le monde mais moi, on dirait qu'elle ose à
peine me parler."
De
fait, en passant devant la cage du tigre, la concierge
avait un léger recul, car une fois, le tigre lui avait
joué un mauvais tour, il était très fort en comédie.
Il s'était aplati par terre, le museau entre les
pattes comme un chien malheureux et lui avait fait
pitié. Alors, abandonnant toutes règles de prudence,
elle s'était approchée trop près de la cage. Rapide
comme l'éclair, le tigre avait lancé sa patte entre
les barreaux et plantait ses griffes dans le manteau
de la concierge, tant il avait arraché un bon morceau.
...
La vie coulait tout doucement au zoo avec cette
quotidienne tournée du bonheur, lorsqu'un jour, le
malheur vint souffler sur ce jardin comme un vent
méchant. Le malheur, et oui, le seul malheur qui
pouvait tout gâcher pour tout le monde : La
concierge tomba malade.
Il fallait voir la déception des animaux. Le premier
matin qui se passa sans elle, ils l'attendirent
tous, croyant se tromper d'heure. Le chameau
envoyait sans cesse la girafe vérifier l'heure à la
grande horloge. Mais non, ce n'était pas une affaire
d'exactitude. Le lendemain matin non plus, les
animaux ne virent pas leur amie, ni le surlendemain.
...
"Elle va guérir, elle va guérir, je parie mes 2
bosses qu'elle nous reviendra", disait le chameau en
tapant du pied. Il avait les yeux plein de larmes et
faisait sa grosse lippe, "mais il faudrait l'aider,
allons, réfléchissons, quand on réfléchit on trouve
toujours."
"Moi,
dit l'éléphant, j'ai en tout cas trouvé quelque chose
qui lui fera plaisir. Son mari a trop à faire et il
est trop triste, il laisse se faner les plantes
qu'elle aime tant. Aussi, le matin, de bonne heure,
j'irai prendre de l'eau au bassin avec ma trompe et
j'arroserai tout ce qui pousse autour de la petite
maison."
...
"Oh, si tu savais comme je m'ennuie ici toute seule
sans personne à qui parler puisque tu es absent
toute la journée pour ton travail, moi qui aimait
tant les animaux, c'était une merveilleuse
compagnie."
"Tiens, tu me donnes une idée, lui dit son mari, dès
demain, tu en auras de la compagnie, je te le
promets."
"La
girafe répéta cela à ses amis."
"Et
alors ? Et alors ? Questionnèrent-ils inquiets. Qui
est-ce qui va nous remplacer dans son cœur ? Retourne
à la fenêtre demain matin, sans faute girafe."
"Je
reviens, je reviens. Mes pauvres amis, tout est
changé."
"Pourquoi ? Qu'est-il arrivé ?"
"Elle
n'aura plus besoin de nous, quelle catastrophe !"
"Explique-toi."
"Son
mari lui a rapporté un chat."
...